La Grèce en juillet ? Pire, les Cyclades en juillet ? On repoussait l’idée depuis plusieurs années, angoissés à la perspective d’aligner sa serviette avec celle d’un collègue-client-ou-confrère. La Grèce l’été, on l’avait dit, c’est non. Quitter Paris pour retrouver son voisin de métro dans la file d’attente du freddo cappuccino, très peu pour nous.
Mais l’évocation d’Andros ne semblant pas soulever les foules, on a pris le risque d’être déçus et on s’est envolés pour Athènes en pleines vacances scolaires. Le vol est rempli, évidemment. La salle d’attente du Port de Rafina aussi. A l’arrivée du bateau, c’est une marée humaine qui se déverse sur les quais, au milieu des voitures, des taxis et des passagers qui attendent de pouvoir monter. Des clones vêtus de bleu et blanc, pince à cheveux fleurs, et chapeau de paille en tout genre. Des sacs de plage dégoulinants d’autobronzant. Le chaos. Bref, rien que nous n’avions pas anticipé.
On monte dans le ferry en se frayant (difficilement) un chemin pour faire scanner son ticket, avec la sensation très proche d’être du bétail dont on bipe les boucles. Le bateau dessert plusieurs îles. Andros est le premier arrêt, avant les plus glamours Mykonos ou Naxos. Une heure de traversée qu’on occupe, dans le déni des autres, le nez plongé dans notre première boîte de Caprice aux noisettes.
“Prochain arrêt : Andros”. Dans l’escalier, ça ne se bouscule pas. Nous sommes peu nombreux à descendre. Pour l’essentiel, des Grécophones. Ouf. Sur le Port, peu de taxis. Aucun bateau de croisière sur les quais. Un bus, quand même. Personne au loueur de voiture. La course poursuite à la Die Hard depuis le bateau nous paraît subitement bien grotesque.
Andros n’attire pas les foules et c’est tant mieux. Parce qu’elle est la plus au nord des Cyclades ? Parce qu’elle ne se vend qu’à ceux qui la cherchent un peu ? Ou parce qu’elle évoque surtout un dessert prémâché chez le français biberonné aux pubs des années 2000 ? Peu importe, mais pourvu que ça dure.
Les maisons sont en pierres coiffées d’un toit de tuiles. Les chapelles veillent sur quelques criques isolées. Les collines sont verdoyantes, si bien d’ailleurs qu’on l’affuble facilement du surnom d’“île verte”. Les paysages sont escarpés. Les murets en pierre dessinent les jardins. Les cyprès touchent le bleu du ciel. Les oliviers descendent vers la mer. Les chênes et les châtaigniers prennent plus de place que les bougainvilliers. Tous semblent ciselés par le meltem.
On la dit plus austère de prime abord que ses voisines toutes de blanc immaculé. Pourtant, Andros est d’une abondance rare sur ces îles. Cascades, ruisseaux, ravins et massifs montagneux. Les citronniers ploient sous le poids des fruits. Les reliefs y sont aussi capricieux que les routes y sont tortueuses. Si nous n’étions pas entourés d’eau nous pourrions croire être en Grèce continentale tant le paysage est singulièrement différent de l’image des magazines des Cyclades.





Andros c’est la discrète, l’”outsider” des Cyclades comme certains aiment à l’appeler. C’est la traditionnelle. La préservée. La singulière. La poétique même. C’est l’île des athéniens. Celle qui offre la possibilité de ralentir.
La capitale d’Andros, Chora, est construite sur une péninsule rocheuse sur la côte est. Plus animée que le reste de l’île, sans tomber dans les clichés, elle abrite de nombreuses demeures néoclassiques aux toits de tuile rouge, héritage de la richesse des armateurs grecs. La rue principale est l’une des plus anciennes zones piétonnes de Grèce (savoir inutile). Aux pieds de la statue du marin inconnu, on vient pêcher et sauter dans la mer depuis le ponton en béton sur lequel est peint le poisson le plus emblématique de l’île.




Nous n’avons pas aimé Batsi qui nous a paru bien moins dans son jus que Chora et qui nous a rappelé tout ce qu’on voulait fuir. Bon évidemment c’est ici qu’on trouvera de quoi se ravitailler pour le pique nique du midi avant de profiter des plages de la côte Est. Mais Gavrio, qui pourtant est la ville d’accueil des ferry, est bien plus charmante. On y trouve le boucher poissonnier maraîcher le plus réputé de l’île. Les habitants de l’île y jouent au backgammon le matin en buvant leur café.
Où se baigner :
Nous avons soigneusement évité les plages les plus à la mode comme Golden Beach, très adaptées aux familles mais très peu conformes à notre envie de calme et d’authenticité.
A Tis Grias to Pidima : c’est probablement la plus emblématique de l’île avec son rocher vertical qui sort de l’eau et qui a donné lieu à plusieurs légendes locales assez sombres. La plage, accessible à pied, n’est pas très grande, coincée entre les falaises. L’eau y est comme dans les vieilles brochures de voyage, parfaitement turquoise.
Zorkos et Vitali : au nord-est de l’île dans des zones très peu urbanisées de l’île.
Gialia beach : la plage des locaux. Située sur la côte est, juste après Chora, la plage est très facilement accessible. Il faut seulement la partager avec les cygnes qui barbotent tantôt dans la rivière à l’arrière tantôt dans les vagues salées de la Mer Egée.
Paralia Agia : elle est elle aussi surtout fréquentée par les locaux, particulièrement en fin de journée. La plage, très animée, est située au pied d’une petite église dans la magnifique baie de Korthi. Elle donnerait presque l’impression d’être à l’embouchure d’un fjord. Les enfants viennent s’entraîner aux plongeons depuis la plateforme du bar de la plage pendant que les ados discutent sur les rochers., le tout, au rythme des bateaux de pêcheurs qui rentrent et sortent du Port de Korthi. Un doux moment.



Achla Beach : le coup de cœur qui se mérite. Il faut quasiment 45 minutes de pilotage sportif sur une piste cabossée pour rejoindre la plage. Déserte. Forcément. Sublime surtout. L’impression d’avoir découvert un secret. LA récompense des vacances.
Où dormir :
Mèlisses : une maison d’hôtes intimiste, installée à flanc de falaise et isolée de toute forme d’animation touristique. Le calme n’y est interrompu que par le bruit des vagues qui viennent se fendre contre les rochers de la petite baie privée de l’hôtel, 15 minutes environ après le passage des ferrys au large. Le regard ne peut se défaire du bleu de la Mer et de l’île de Gyaros au loin. Un endroit difficile à quitter.



Onar Andros : la prochaine fois, nous viendrons également nous réfugier à Onar, des cottages installés dans une vallée isolée, entre la plage d’Achla et les montagnes.
Où manger :
The Aegean balcony : la taverne produit ses propres viandes et ses fromages. Elle est situé sur les hauteurs de l’île. Venez au coucher du soleil, l’ambiance et la vue y sont encore plus magiques.
Ta Skalakia, Chora : nichée dans une ruelle au cœur de la vieille ville, Ta Skalakia est une petite taverne à l’ambiance familiale.
Archipelagos, à la sortie de Chora : une taverne authentique éloignée du centre. Tous les plats sont préparés avec des produits locaux. L’ambiance y est très conviviale. Sans hésitation, les meilleures boulettes du séjour.


Sea Satin nino, Korthi : café et restaurant. On y vient le matin avec les locaux. Les conversations vont bon train pendant que s’égrainent les perles des chapelets. On aurait facilement bu plusieurs de leur délicieux cafés frappés simplement pour se trouver une excuse de rester.
Agia Marina : une taverne tenue par la même famille depuis plus de 60 ans. Les reflets du soleil qui dansent sur la mer en fin de journée finissent de parfaire l’ambiance de ce restaurant situé après Batsi, loin des animations du centre. Les portions y sont très généreuses. On a adoré la friture d’anchois.









