Pantelleria, l’île qui se chuchote
Ignorée des cartes, la magnétique Pantelleria n’évoque que l’imaginaire.
Dans le hall des départs du sous-sol de l’aéroport de Palerme, on scrute ceux qui monteront à bord de l’ATR en direction de Pantelleria. Au départ du vol de Rotterdam, le hall se vide et ne restent alors plus que les passagers des vols intérieurs. Au milieu, des bonnes sœurs et des permanentes sur roulettes. Les pantalons techniques à bretelles trahissent certains avant même que la destination ne s’affiche à l’écran de la porte d’embarquement.
Dans l’avion, les repères sont déjà troublés. À peine 50 minutes de vol pour atterrir au paradis. Le vert des vignes et des câpriers ourle le noir anthracite des roches volcaniques. Le soleil est déjà très haut et floute tout sur son passage. Alunissage imminent.
Située à une centaine de kilomètres des côtes de la Sicile et encore moins de celles de la Tunisie, Pantelleria est un secret bien gardé. Celle qu’on appelle “la perle noire de la Méditerranée” abrite une nature encore intacte, à peine cabossée par quelques hôtels des années 70. Le reste n’est qu’oasis : les oliviers rampent au sol pour se protéger du vent quand les coquelicots et les câpriers fleurissent dans les interstices des murets qui bordent les routes. Le printemps semble n’avoir jamais été aussi joyeux tant le jaune et le violet des fleurs contrastent avec la couleur cendrée des pierres qui jalonnent l’île.








Quand les saisons se brouillent partout ailleurs, Pantelleria fait exception : l’île ne s’éveille pleinement qu’à l'arrivée des estivants les plus inspirés, en juillet et en août. Avant, le jeu des saisons fonctionne encore parfaitement et offre alors de découvrir l’île avec les locaux.
Différente de toutes les autres, Pantelleria se vit lentement. Pour l’apprécier, il faut dompter ses routes sinueuses. Rôder sa Fiat Panda sur la côte et dans les terres. Faire vrombir son moteur sur la seule ligne droite de l’île, encerclée des vignes de Zibibbo qui font sa fierté. Frôler les giardini (ces jardins circulaires) qui protègent les agrumes des éléments. Manquer de s’encastrer dans les cultures en terrasses, la faute aux toits voûtés des dammusi, hypnotiques. Il faut l’embrasser toute entière : cracher ses poumons sur sa Montagna grande, oublier le summer body et se vautrer dans les pâtes au pesto pantesco, ou se régaler du couscous de poisson qui rappelle la promiscuité de l’île avec l’Afrique.









L’insularité protège, comme si l’on pouvait s’abandonner à elle. Plus qu’une parenthèse enchantée, un refuge pour le déni de tout ce qui n’est pas ici. Loin de l’attendu, l’île incarne ce que réclament les âmes fatiguées et les amoureux d’un esthétisme dans son plus simple appareil.
La mer et le ciel se confondent sur la ligne d’horizon. On laisse le temps filer autrement. On vit au rythme des communions, des cortèges d’enterrement. Le matin et en fin de journée, l’île s’anime d’une énergie qu’on ne lui connaît pas entre 14h et 17h, lorsque les 7.000 panteschis utilisent sagement la sieste comme bouclier au soleil. Ses rayons dictent le quotidien. On part en randonnée à 6h30. On se prélasse dehors jusqu’au coucher du soleil. On salue comme si on vivait ici depuis toujours, sans tromper personne tant tout le monde se connaît. On croise les mêmes trois vieilles âmes devant le cineteatro de Scauri, gardiens d’une autre époque, imperméable à la modernité continentale.
Le vent, qui habituellement souffle fort, effleure à peine les serviettes éponge et les chaussures méduses (l’accessoire indispensable, vous serez prévenus). Dans les cale, on se laisse bercer non par le bruit des vagues, tant la mer était plate ces jours-là, mais par les conversations chantantes des locaux. Lorsque sonne l’heure du déjeuner, on n’entend plus parler que de cacio e peppe ou de salami picante. On salive à l’évocation de plus gras encore que la crème solaire qu’on étale péniblement sur nos bourrelets hivernaux. Nos voisins de rocher engagent facilement la conversation, chacun parlant dans sa langue, comme si ça aussi, c’était aussi simple. Il n’y a pas de sourire feint, juste de la bienveillance partout. On laisse les fenêtres ouvertes, clés sur le contact. Pantelleria transpire la sincérité.
On utilise trop souvent le terme « authenticité » pour attirer le touriste en manque de perspectives, jusqu'à le vider de son sens. A Pantelleria, c’est plus que cela, plus substantiel. L’île est tout à la fois : traditionnelle, sauvage, minérale, rurale. Spectaculaire.




On quitte Pantelleria en bateau, jusqu’à la grande île, la Sicile. À cette époque de l’année, le Siremar parcourt le canal de Sicile en six heures environ. Un temps long, pour digérer le voyage (et les derniers arancini). Une ultime parenthèse pour méditer sur ce sentiment de bout du monde qui vous assaille sur Pantelleria.
Le temps de la vita lenta.
OÙ SE BAIGNER :
Gadir (bain chauffé par les eaux thermales de l’île ou bain frais dans une Méditerranée à l’eau très claire), Cale Levante (et son deck en bois), Cale Nikà, Cale Bue marino, Balata dei turchi (après un long chemin de terre très cabossé, mais on nous l’a promis, la Panda passe partout), Il porto di Scauri (avant une petite gelato chez Ulysse), Grotta di Sataria et le Laghetto delle ondine (piscine naturelle creusée dans la roche).
OÙ MANGER :
Pour le déjeuner, à Scauri : La vela, un restaurant sans prétention au bout d’un chemin poussiéreux, posé au plus près de l’eau. Ambiance très familiale.
Amuni, le restaurant de Parco dei sesi ouvert 5 soirs sur 7. Mention spéciale pour la soirée pizzas et le dîner dans le jardin secret.
L’osteria Il principe e il pirate : le plus connu. Cuisine traditionnelle et ambiance décontractée.
Le Cale : niché entre la cale Tramontana et la cale Levante, au-dessus des rochers noirs et de la mer. Poussez la marche digestive jusqu’à l’Arco dell’Elefante, une arche rocheuse au nom évocateur plongeant dans l’eau turquoise de la baie. Idéale pour un bain.
La trattoria La Favoratta, pour un dîner aux saveurs locales. On parle, on rit, on se fait gronder par le gérant parce qu’il en reste dans l’assiette et on trinque avec lui. Un condensé des bonnes ondes de l’île.
Pour le pique-nique, rendez-vous à la boulangerie Panificio Terremoto, dans le village de Kamma où il fait bon s’égarer.
OÙ DORMIR :
Sans aucune hésitation, à Parco dei sesi : situé au cœur d’un site archéologique unique et face à la Tunisie qu’on devine par ciel dégagé, l’hôtel saisit par son calme et la nature qui l’entoure. La mer est à quelques pas de là. Plus qu’un hôtel, un chez-soi.







La Sicile, je suis d’origine sicilienne et là Sicile me manque beaucoup… Cet endroit mes parents nous en avez parlé et aujourd’hui je tombe sur votre magnifique post ,qui me fait rêver 🙏