São Miguel aux Açores, ou s’isoler pour s’évader
Aux cotillons et coupes de champagne, on a préféré partir s’isoler au beau milieu de l’Atlantique nord.
Quitte à fuir la pluie et le froid du mois de décembre, pourquoi ne pas tenter notre chance sur la plus grande des îles de l’archipel des Açores : São Miguel.
A cette saison, les îles occidentales sont plus difficiles d’accès, la faute aux forts vents qui, régulièrement, clouent avions à hélice et passagers au sol, ainsi qu’à l’arrêt des liaisons maritimes pourtant légion en haute saison. En hiver, les îles ralentissent, s’isolent encore plus et non plus seulement du continent, mais bien les unes des autres.
Neuf îles émergées au milieu de l’Atlantique Nord, quasiment à mi-distance de l’Europe et des États Unis. 245.000 habitants dont plus de la moitié sur São Miguel. Neuf îles, que personne ne sait bien placer sur une carte, certaines éloignées de plusieurs centaines de kilomètres les unes des autres. Des îles toutes vertes, façonnées par les volcans et les éléments qui les traversent. Le climat y est océanique, doux toute l’année. Du vent, des nuages et du soleil quinze fois dans la même journée, et en hiver, des averses avec une occurrence sensiblement similaire. Les brumes restent souvent accrochées aux sommets, donnant un air presque mystique aux dégradés de vert du paysage.









On passe du vert des pâturages au vert des sapins en un virage. Des gingembres aux feuilles foncées par la pluie au vert pâle des couronnes d’ananas qu’on cultive ici. Des acacias et des fougères qui dégringolent des talus. Sans avoir besoin de jouer les petits herboristes, on se sent rapidement submergés par la végétation. Une promesse d’exotisme à quelques heures de vol de chez nous. Les hortensias bleus qui bordent les routes, emblématiques des paysages des Açores au printemps, sont alors eux, plutôt en pleine renaissance. Les cratères des volcans laissent entrevoir des lagunes azur et émeraude. Des plaines jusqu’aux falaises escarpées, les bovins sont partout. On dit des vaches açoriennes qu’elles sont probablement les plus heureuses du monde. Et on veut bien croire, qu’avant leur destin fatal, elles prennent plutôt plaisir à paître face aux vagues de l’océan.
Pour ceux qui aimeraient offrir à leurs Salomon la vie qu’elle mérite, loin des pavés urbains, les Açores sont évidemment une destination idéale tant il existe de chemins sur lesquels crapahuter. Ces quelques heures à traverser forêts, grasses prairies et champs boueux nous ont offert un sentiment de solitude étrangement réconfortant. La pluie n’a eu raison ni de notre motivation, ni de notre imper’. Le bruit de l’eau qui dégouline lentement sur les feuilles des arbres ajoute assurément au sentiment de réclusion. On s’est arrêté pour écouter les cimes des arbres s’entrechoquer au rythme du vent. Une marche autant méditative que sportive (rapport à notre respiration saccadée, stigmate du gras avalé pendant les fêtes). Un voyage pour les sens. Un hymne à la nature luxuriante de l’île.
Pour ceux qui n’aiment pas se faire du mal, tout se fait également en voiture et elle est quasi assez indispensable, en tout cas, à cette période de l’année. Elle permet de rejoindre les villages et routes les plus isolés de l’île, pour ainsi dire, nos véritables coups de cœur du séjour.
On a adoré remonter la côte nord de l’île en direction du Nordeste et du Farol do Arnel battu par les vents et la houle. Depuis le village au-dessus, on perd son regard dans les immenses vagues qui s’abattent inlassablement les unes après les autres sur la côte ce jour-là. Le soleil et la vue nous invitent à rester immobiles. Dans notre dos, le maraîcher vient de se garer. Dans ces villages excentrés, on comprend à l’arrivée prompte des premières clientes l’importance de ce commerce ambulant.





À la descente, on plonge à pic vers le phare, sans penser que la remontée sera sans doute moins douce. Au bout du chemin, un petit port en bas de la falaise de laquelle coule une cascade. Un paysage enchanteur, poétique même. On reste là un moment avant d’affronter la remontée face contre vent. La côte est ponctuée de points de vue, les miradouros, souvent anciennes vigies d’observation des baleines, où s’arrêter. La route slalome sous la végétation en suivant les contours de l’île. Les rayons de soleil peinent à pénétrer tant la flore est dense. On jongle entre sapins et fougères.
Le regard du passager a du mal à se fixer, son estomac aussi tant la route est sinueuse. On rejoint le village de Faial da terra par la route secondaire. On voudrait immortaliser la quinzaine d’arc-en-ciel qui colorent le ciel ce jour-là. La pluie et le soleil se chamaillent. On ne sait plus s’il faut sortir les lunettes de soleil ou se cacher sous sa capuche. On respire à pleins poumons en perdant la notion des saisons et du temps. Prenez votre temps pour explorer les alentours. Le soleil se couchait presque à notre arrivée et nous aurions aimé en profiter plus longtemps.






Ribeira Quente et le petit port de Caloura ont également eu nos faveurs. Le premier pour son petit côté bout du monde, sa coopérative de pêche et sa grande plage dont les eaux sont naturellement chaudes (toute proportion gardée) toute l’année et le second pour sa crique, son bar à poissons grillés et son ambiance conviviale.
Ancien comptoir de la pêche à la baleine, les Açores sont devenus un véritable refuge pour les cétacés, visibles toute l’année. Partez en zodiac avec les biologistes de Futurismo. Si les eaux thermales chauffées à 39 degrés nous ont permis de nous délester des dernières tensions de 2025, on laisse aux autres touristes les parcs à fleurs et autres lacs des villages de Furnas et Sete Cidades, des passages “obligés” qui nous ont semblé un peu survendus, la faute peut-être à la météo. (On vous laisse juger par vous-mêmes).
Il y a, sur ces îles, quelque chose de profondément réparateur. Une simplicité déconcertante des gens et de leurs modes de vie en contraste presque avec la flamboyance des paysages qui les entourent. Cette simplicité dissimule malheureusement une réalité plus fragile. Les Açores restent la région la plus pauvre du pays et c’est la première fois, qu’au Portugal, on sent une telle disparité entre ceux qui manquent et ceux qui semblent tout avoir. Certains villages de pêcheurs, dont un rendu récemment célèbre par Netflix, Rabo de Peixe (littéralement “queue de poisson”) font s’interroger sur l’histoire
d’une population en prise aux pirates et à la famine pendant des générations. En 2001, après le naufrage d’un voilier près des côtes, des kilos de cocaïne se sont échoués dans ce village de pêcheurs plutôt tristoune, bouleversant la vie d’une communauté jusque-là très isolée, à l’origine d’une crise sociale sur fond de dépendance. Dans la série comme dans la réalité, les visages sont marqués et la pêche ne nourrit plus tout le monde. Des Açores, beaucoup ont émigré aux Etats-Unis suivre le rêve américain. Les gens d’ici portent leur regard autant vers l’Europe que vers l’Amérique du Nord, tiraillés par deux continents monstres dont ni l’un ni l’autre ne semble bien naturel. Insularité, ultra périphérie, autant de défis au quotidien pour cette région autonome du Portugal.
Où dormir :
White Exclusive suites & villa : à quelques kilomètres seulement de la capitale des Açores, Ponta Delgada, est un point de chute intimiste idéal d’où explorer l’île.
Santa Barbara eco-resort : situé à Ribeira Grande, sur la côte nord de l’île, cet hôtel fait partie du même groupe que le White. Plus familial et propice aux balades sur la plage, il est également idéalement situé, particulièrement pour découvrir les routes sinueuses du nordeste. Les suites et villas modernes sont construites et décorées avec des matériaux bruts et rustiques.
Dans notre wishlist : Pink House à Ponta Delgada et le Sensi nature & spa, proche du village de Mosteiros et des piscines naturelles de Ponta da Ferraria.
Où manger :
Bar Caloura : poisson grillé face à la mer. Simple, efficace et charmant.
A Casa do Abel : viande grillée, pensez à réserver.
Restaurante Associação Agrícola de São Miguel (proche de Ribeira Grande) : ne vous fiez pas à sa localisation et courrez y manger le meilleur bitoque du séjour (steak à cheval typiquement portugais).
Ta gente (à Ponta Delgada) : bar à cocktails où picorer.
Restaurante nacional (à Ponta Delgada) : Ambiance très familiale, loin des restaurants fancy à touristes du centre ville.
Petiscaria O calheta : poissons fumés et crus de très bonne qualité. Un endroit moderne aux prix parisiens.
Restaurante Cantinho Do Cais (à São Bras au nord) : le village n’a pas franchement d’autre intérêt mais le resto était bon et zéro touriste autre que portugais, ce qui est incontestablement un bon signe.





Photos magnifiques et textes qui font tout autant rêver tout en montrant la réalité sociale des Azores. J’ai adoré et j’ai tellement hâte d’y être ! Merci pour toutes ces recommandations